Réaction Chimique

22 avril 2007

Entre ciel et terre

Publié par ngthuy dans

               Quel est le premier instand de ta vie dont tu te souviens? Fais donc le noir et regarde. Laisses tes paupières closes. Essais donc d’ouvrir la cage de ton passé. Regardes tout ce qu’il a fait de toi. Es-tu satisfait? Si tu as mal de ta présente vie, dis-toi que l’individu est un éternel insatisfait et ne regardes plus en arrière si tu n’es pas capable de te voir. Laisses donc le temps au temps. Notre époque est si pressée! Rien ne peut nous échapper. Nous sommes notre Histoire! Et si ce que tu as vu fut douceur à ton coeur alors ta vie n’a pas commencé. Tu n’es que dans la pré-vie et non la pré-fin.

                 J’ai ouvert les yeux dans une contrée lointaine. Si loin d’ici. Ici, où est-ce? Peu importe. Je me souvient d’une maison de bois reflétant la couleur du ciel d’été. Et mon toit n’a été que celui de l’été jusqu’à l’âge de mes cinq ans. j’étais à la queue de cinq femmes et un semi-homme. Je me souviens de la faim, du rejet et pourtant de l’amour. Je me souviens du sein d’une mère dans un salon de coiffure. L’image d’un père dans ma conscience tous les week-end. Je sent encore l’odeur du vomit de ma soeur sur mon pull en laine bleu et un européen et son chewing-gum à la chlorophile. Je me rappelle d’une crampe au bras dans notre vaste salle à manger sans meuble et une chute et la simulation d’une douleur simplement pour que l’on me prète attention. Une grosse pierre…sur le chemin de l’église. Plus d’église. Et un jour ce fut au revoir Dalat. Au revoir mon essence. Bonjour le cauchemard…

                   Loin du ciel, je me suis retrouvé(e) à terre…au pied d’un inconnu. Mon nouveau père. Qu’était-ce qu’un père? Je ne le savais encore. Aujourd’hui seule, la culture m’en donne la définition mais c’est encore dans mon putain de coeur l’ignorance. Non, je n’ai pas de réponse…suis-je normal(e)? Et je ne me suis même pas tourné(e) vers la religion pour y trouver un père. Freud avancait que c’était cela que d’être croyant. Rien de plus qu’un statu que l’on prend pour combler un manque paternel.

                   Et ce fut la brutalité du silence, les yeux errant sur quatre roues et non plus deux et la solitude. Plus de chaleur, plus de poussière, plus de contact entre les consciences. Rien qu’une bulle…propre et transparente, sans vie aucune! Des routes minuscules et l’horizon qui s’échappe de notre champs de vision…il n’y avait rien. Rien que l’horizon…devant, à gauche, à droite, derrière et de quel côté mon toit d’été? J’ai longtemps refusé de lever mes yeux. Le gris…quel ennui. Où étai-je?! Ils étaient tous là mais où étais-je?! Quel est ce chez soi pleins de je ne sais quoi? Mais je n’étais pas encore chez moi…il a fallut pour cela remonter dans la grosse machine transparente et silencieuse et avancer avancer et s’éloigner, s’éloigner. Puis stop. Une porte. Mon nouveau chez moi, mon nouveau pallier, mon nouveau père, ma nouvelle vie. Rien de plus réconfortant que cette mère et cette soeur que je savais garder pour toujours. Mon refuge, ma sécurité.

               Tu penseras que j’ai été arraché à ma vie. Tu penseras que…peu importe ce que tu penses. Que sents-tu? Sents-tu cette « lost attitud » dont je veux te parler? Tout cela pour dire enfin, que tout n’est que question d’habitude et d’adaptation, voir d’acceptation.

               L’école…la dure réalité. Prise de conscience: Je suis différente, étrangère. je n’ai rien à faire ici. Ici, où ça? peu importe….aggressions sous le préau, aggression près de poteau, aggression et pas encore l’idée du grand saut. Le grand saut…à six ans, j’en ai vu l’idée germer d’un regard que j’ai aimé et que j’aime encore. ma soeur, ma sécurité, ébranlée par quelque danger…mes nuits étaient ses cris, ses pleurs, ses colères…Qu’avais-je fait si ce n’est pleurer et ne l’oser. longtemps pour personne je n’ai existé…Mes « Parents »? Une fille malheureuse et…une fille. Point.

           Et je passe comme le temps passe sans laisser le temps à notre coeur de battre. Douze ans…collège. Ma soeur dans ses plus grandes crises. Mon qutidien? Me lever, aller souffrir ma solitude et ma différence dans un monde…pas le miens. Rentrer et voir le visage de ma mère…triste, neutre, paniquée? Un jour c’était la panique…On ouvre la porte de la cuisine…bouteille de vin à la main, bave blanchattre et mousseuse du mélange alcool/médoc. (…)et des yeux de désespoir au-dessus de cette bouche pendante et de ce pull rouge brodé de quelque coeur. Où était le sien? Les lumière rouge tourbillonnantes dans l’air l’on emmené. Où? je ne sais pas. Voyage entre vie et mort à plusieurs reprises…Ma sécurité. Allé et retour, HL, HDT…décharges signées…retour et crises sur crises. As-tu déjà assisté à une vraie crise d’hystérie? C’est une horreure, une tragédie.C’est la fin de toute humanitéMA SECURITE, MON REPERE…S’ETAIT PERDUE.;

               Voilà ce qui arrive quand on a mal et que l’on est dépassé par son mal et que l’on est pas compris parce qu’on fait malgré soi trop de mal. C’est le courage de partout qui ensuite doit naitre pour empêcher que ne dure cette atmosphère silencieuse et pesante dans laquelle tout le monde refoule son désarroi et l’expose pourtant. Quinze ans…je touchais depuis longtemps à la pré-fin. Le toit d’été, hors de question d’y resonger et dans tout cela…amour, amitié, crise familiale et scolarité en échec, UN CADEAU….vert, orange jaune…blanche comme les nuages de mon toit d’été.  La parole m’a pour une fois été donné. Quelqu’un sur ce terrein vague a considéré ma vie comme vie et j’ai vécu jusqu’à la dérive.

               Certains avalent la mort pour échapper à la vie. Moi j’ai avalé la mort pour laisser vivre. On sait quand on fait mal, on sait que l’on va faire mal. Il vallait mieux se résoudre à partir…Ma soeur est restée.  Bonheur mais Malheur. Les pages ne se tournent pas vraiment. La première fois, un silence si silencieux…rien d’inégalable. Une telle paix, une telle légèreté et se sentir partir…Bagdad café…puis Un réveil et un évanouïssement. Refus d’admettre son échec. Se laisser frapper et frapper puis pleurer, pleurer, pleurer. Des larmes si longtemps retenuent. Puis être toujours là et assister au mal que l’on a offert aux êtres aimés. On ne peut dire pardon. Nouvelle tentative…s’arrêter juste avant le vaumissement. Garder la mort en soi mais échec à nouveau…Trois jours de coma et la vie continue avec ça de plus à porter, avec ça, le poids de la culpabilité et du regret…d’avoir et ne pas avoir…

              Bonjour médecins, bonjour psychiatre, pédo-psychiatre et psychologue. Bonjour clinique, HP etc… Bonjour la douleur, la solitude et le piège. Bonjour la drogue qui soigne les « ratés ». Attendre, s’éloigner…passer à côté de sa vie…pour le simple fait d’avoir fait ce qu’il fallait. Il le fallait. Je ne veux pas mourir mais je dois mourir! C’est comme ça. Je ne suis pas folle. Tu peux me juger. C’est ce qui t’arriveras si tu regardes d’avantage si le chemin d’autrui est assez beau mais tu as beau exister et être aimé, regardes donc ta route. Tu sauveras tant de choses…

             Aujourd’hui…les choses importantes fuient, petit à petit et la vie change. Bientôt une nouvelle étape dans cette pré-fin. On avance, avec le temps…sur pied, à genoux ou rampant…on avance. Un jour mon toit d’été et toi? Crèves tes absais, jettes sur moi tes déchets. Laisses-moi t’écouter, inconnu(e), laisses-moi te donner…je suis là pour encore bien longtemps…

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